Le point de vue des auteurs.

Trop peu cité et pourtant à mon sens plus intéressant que l’avis du public, il y’a d’abord l’avis des artistes.

Comme la plupart des artistes, la plupart des dessinateurs de tintin et milou sont pauvres et beaucoup plaquent tout pour cause de frigo à remplir.

Et le point de vue d’une vedette comme Bob Kane n’en dit pas moins, avant de connaître son heure de gloire, il vivotait pour une paye de misère, car en ce temps faire des mickeys était l’un des derniers métiers convoités par les pros du dessin, car déjà l’un des plus mal payés et des plus dénigrés.

La situation ne fit que se dégrader depuis les années 60, le public se tournant vers le cinéma, la télé, les jeux vidéo, le métier de dessinateur de tintin et milou est de plus en plus précaire jusqu’à atteindre un seuil où l’on hésite à considérer l’activité comme un métier.

Et pourtant, vu depuis le public, ce boulot de merde continue à faire rêver. Parce que du point de vue du public, on regarde des jolies images qui font marrer, c’est cool.

Du point de vue des auteurs c’est pas cool. C’est passer une semaine pour pondre une page correcte, à raison de 7 journées de 12 heures de travail. C’est redessiner 50 fois une case jusqu’à obtenir l’équilibre d’une composition lisible, juste, correctement cadrée, avec les mille détails du décor et des boutons de chemise. Essayer 50 couleurs différentes pour en trouver une qui chie pas à la figure. C’est aussi dix ans de travail pour créer un style personnel qui se démarque des clichés et tics.

Et tout ça, de nos jours, sans la moindre garantie de pouvoir vendre la jolie page sur laquelle on a bossé toute la semaine, quand on est pas contraints de les soumettre par paquet de quatre, douze, ou trente, on appelle ça en langage du management un « projet », c’est à dire que tu bosses six mois sans toucher un rond et avec une chance sur dix d’être éventuellement payé.

Dans les années 50 c’était un boulot de crève la dalle qu’on choisissait par dépit. Aujourd’hui c’est pire, pour un armée grandissante d’auteurs en colère, ça devient de moins en moins un boulot, de plus en plus une perte de temps.

Loin de ne concerner que ce secteur, ces méthodes de management modernes consistent à vous mettre un pied dans le travail et un pied dans le chômage, pour vous foutre un max de pression tout en vous lâchant à peine de quoi vous nourrir.

On préfère désormais affamer son cheval et le laisser crever le soir pour en acheter un autre à prix dérisoire, plutôt que de nourrir la monture pour qu’elle tienne sur ses jambes le lendemain.

Notre viande vaut pas cher.

Publicités